METRO : la "ligne rouge" sud n'est pas prévue pour les Sévriens

La ligne rouge est la nouvelle ligne de métro qui doit ceinturer Paris. Le premier tronçon (Pont de Sèvres-Noisy-Champs) sera mis en service en 2018. Les travaux decaient commencer en 2014 et une concertation a été engagée avec la population de Sèvres le 24 septembre 2012.

Lors de cette réunion « de concertation » organisée par Grand Paris Express sur  la Ligne Rouge, les Sévriens consternés ont découvert que cette ligne n’était pas prévue pour eux. Une vague correspondance (avec de longues marches à pied) entre la ligne 9 et le Ligne Rouge, mais rien pour assurer la correspondance avec le Tram. La Ligne Rouge traversera deux fois la Seine, à seule fin de rendre impossible le prolongement de la ligne 9 et la correspondance avec le tram et de tenir Sèvres à l’écart de son trajet. Les Sévriens ont proposé une solution intelligente qui permet une vraie correspondance entre cette ligne rouge et les deux autres transports (ligne de métro n°9 et ligne de tram n°2)

Mais la réponse de la Société du Grand Paris est un "NON" catégorique, sans même un début d'explication à ce refus. Il est curieux de constater que la reunion de "concertation" a été organisée alors que rien ne pouvait plus être changé au projet et que les intérêts particuliers des promoteurs de la Zac de Boulogne (dont les immeubles sont valorisés par la proximité de la future station) passent avant l'intérêt général des dizaines de milliers d'usagers quotidiens qui devront parcourir des kilomètres à pied entre la ligne 9, le tram T2 et cette nouvelle ligne rouge. La société du Grand Paris qui se vante de sa concertation, confond un peu concertation et enfumage ! Décidément, en France, l'intérêt général pèse peu face aux intérêts particuliers. Décidément, à Sèvres, l'intérêt des Sévriens est régulièrement bradé au profit de celui des technostructures... C'est plus cher, c'est moins bien, mais on le fait quand même parce que la technostructure en a décidé ainsi.

Ci-après l'intégralité de la réponse de la société du Grand Paris.

Bonjour,
Merci de l'intérêt que vous portez au projet du Grand Paris Express.
Suite à la question posée sur notre site le 19/11/2012, voici la réponse que nous pouvons vous apporter.
Votre question : La ligne rouge traverse deux fois la Seine avant et après le pont de Sèvres. Ce faisant, elle rend définitivement impossible un prolongement de la ligne 9, elle rend très pénible la correspondance avec le tramway et elle insulte les Sévriens qui voient dans ces deux traversées de la Seine une volonté d'éviter Sèvres. De plus la correspondance entre les stations "pont de Sèvres" de la ligne 9 et de la ligne rouge nécessite de longs trajets à pied. En laissant le tracé de la Ligne Rouge sur la rive gauche à Sèvres et en ne faisant qu'une seule traversée de Seine (pour prolonger la ligne 9) au lieu des deux prévues (sur la Ligne Rouge), on aurait une vraie station de correspondance compacte ligne 9 / ligne rouge / tramway T2 devant le musée de Sèvres. Tout le monde y gagnerait. Voir la proposition sur
http://www.sevres.com/images/gare pont prop.jpg

Notre réponse : La Ligne Rouge Sud du Grand Paris Express franchira effectivement la Seine à 2 reprises, sous le fleuve, dans les Hauts-de-Seine. L'implantation de la gare du Pont de Sèvres, comme celle de toutes les gares a été fixé dans le Schéma d’ensemble du Grand Paris approuvé ensuite par décret en Conseil d’Etat du 24 août 2011. La gare du Pont de Sèvres projetée, privilégie effectivement la correspondance avec la ligne 9 dans son terminus actuel. Toutefois, elle n'empêche en aucun cas techniquement la prolongation de celle-ci vers Sèvres si une telle décision était prise par le STIF. .En espérant avoir répondu à votre question.
Cordialement,
La Société du Grand Paris
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On note que, contrairement à ce qui avait été suggéré en réunion de concertation, le prolongement de la ligne 9 n'est pas impossible. Il est juste absurde s'il ne permet aucune amélioration des correspondances avec la ligne rouge. On relève surtout un mensonge : contrairement à ce qu'affirme la Société du Grand Paris, la solution proposée par les lecteurs de "Au Fil de Sèvres" assure une bien meilleure correspondance avec la ligne 9, puisqu'elle ne nécessite aucun couloir (contre 400 mètres dans le projet actuel). Affirmer que le projet actuel favorise cette correspondance est un mensonge d'une incroyable impudence. Les raisons invoquées pour justifier le choix fait ici sont donc fantaisistes. Les vraies raisons de ce choix restent inavouées.

Puis est venu le temps de l'enquête publique.

Ce contre-projet élaboré par l’équipe de « Au Fil de Sèvres » et ses lecteurs prévoyait une seule traversée de Seine, mais par la ligne 9 du métro dont le terminus serait alors à Sèvres et une gare RER sous ce terminus. Ainsi, on aurait eu une vraie correspondance, avec moins de 50 mètres de couloirs entre le RER, le tram et le métro. Ce contre-projet a été soumis à la commission d’enquête publique (télécharger ici la copie de la lettre adressée au président de la Commission d'enquête).
Sur la base des critères définis par l’enquête publique elle-même, ce contre-projet est objectivement meilleur. La commission d’enquête publique ne conteste d’ailleurs pas qu’il soit meilleur. Il a pourtant été rejeté pour des raisons qui dénotent une incompétence et une perfidie surprenantes de la part de ceux qui ont commandité cette enquête publique et que l’on présumait compétents et honnêtes.

Perfidie d’abord (je cite le texte du rapport de la commission d’enquête) : « … le Schéma d'Ensemble du projet actuel, qui a été approuvé par décret en conseil d'Etat le 24 août 2011 . La Société du Grand Paris est engagée par ce schéma d'ensemble et elle doit veiller à sa mise en oeuvre. » Cela signifie, en clair que l’enquête publique ne sert à rien parce que la société du Grand Paris ne veut rien changer à son projet défini le 24 août 2011… Un an avant la prétendue « réunion de concertation » organisée à Sèvres (24/11/20122) et deux ans avant l’enquête publique (7/10 au 18/11/2013). Tout cela, réunions de concertation et enquête publique n’était donc que poudre aux yeux. « Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis » dit la sagesse des nations… Que dire alors de ceux qui ont décidé de ne pas changer d’avis avant même d’engager le dialogue avec les premiers concernés que sont les citoyens  ?

Incompétence ensuite. Pourquoi ne peut-on pas prévoir de prolonger la ligne  9 ? Réponse des intéressés à la commission d’enquête : parce que ce n’est pas prévu (sic !) : « Concernant l'éventuel prolongement de la ligne 9 vers Sèvres, outre le caractère extrêmement complexe de son prolongement, notons qu'il n'est pas inscrit dans le schéma directeur de l'Ile-de-France ou dans un autre document cadre de planification des transports. » Sur le caractère « extrêmement complexe », on doit rappeler aux amnésiques que le Pont de Sèvres a été prévu, lors de sa construction en 1960, pour pouvoir supporter un métro aérien. La réalisation du tablier a d’ailleurs été modifiée pour cela par rapport aux plans initiaux de 1959. Sur la justification du refus elle-même, en substance « On ne le prévoit pas parce que ce n’est pas prévu » ; c’est l’archétype de la "pétition de principe" que n’importe quel lycéen tient, depuis Aristote, pour un vice de raisonnement majeur… Mais apparemment cela ne rebute pas les hauts fonctionnaires concernés.

C’est à l’incompétence de tels dirigeants politiques et administratifs que l’on peut mesurer l’irrémédiabilité de l’état de décrépitude financière de notre pays. La France est fortement endettée et a une fonction publique parmi les plus chères du monde par tête d'habitant. Rien d’étonnant, si nous rémunérons des élus et des fonctionnaires tout juste capables de raisonner à coups de pétitions de principe et de ne décider que ce que d’autres ont déjà décidé avant eux. Un haut fonctionnaire, pourtant sévrien et s'exprimant même au nom des Sévriens, a été jusqu'à déclarer à la commission d’enquête que « les Sévriens regrettent que la gare soit sur Boulogne et non sur Sèvres. Mais au regard des populations respectives (23 000 contre plus de 106 000 habitants), et des possibilités d'interconnexions avec la ligne 9 du métro parisien et de la gare routière du Pont de Sèvres, cela lui parait cohérent ». Sur le nombre d’habitants concernés, c’est une ineptie : il a comparé toute la population de Boulogne, déjà desservie par six autres stations de métro, à toute celle de Sèvres. Sur les possibilités d’interconnexion, c’est un mensonge, nous l’avons prouvé parce que l’interconnexion projetée est plus que médiocre, et en tout cas bien plus mauvaise que celle du contre-projet. Enfin sur le fait que les Sévriens regrettent cette ânerie, c’est une litote : tous les usagers en correspondance la déploreront chaque jour. Ces dizaines de milliers d’usagers devront parcourir un kilomètre à pied en moyenne pour leurs correspondances… L’interconnexion avec le métro et le tram était annoncée comme une priorité, mais les intérêts des promoteurs du "Trapèze" ont apparemment pesé plus lourd dans la balance.

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